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Félicité

mercredi 29 mars 2017, par SIGNIS France

(d’Alain Gomis, France/Belgique/Sénégal, 2015, 2h03. Ours d’argent Berlinale 2017, Etalon d’or Fespaco 2017)

29 mars 2017 (Magali Van Reeth) - En compagnie de Félicité, femme courageuse et indépendante, une plongée dans la ville de Kinshasa. De la poussière de la rue et de la détresse d’une mère, le film s’élève vers de plus en plus de beauté.

Félicité est un film au présent, à rebours des codes commerciaux habituels, où le rythme de la narration, le silence et l’obscurité permettent de frôler l’âme du personnage, et de faire trembler le vivant à l’écran. Il se déroule en deux temps. La première partie suit les codes classiques d’un drame où un personnage doit trouver une certaine somme d’argent en peu de temps. C’est Félicité, chanteuse la nuit dans un bar, femme forte et silencieuse, à la voix puissante, chaleureuse. A la suite d’un accident de moto, Samo, son jeune fils doit être opéré. Il faut vite trouver l’argent avant que son état empire. La caméra suit Félicité dans sa quête à travers la ville et on parcoure les rues de Kinshasa, les maisons de riches gardées par de grands portails métalliques, le franc-parler des quartiers populaires, les magouilles pour récupérer un peu d’argent, l’humiliation quotidienne de ceux qui doivent se battre pour leur survie.

Mais lorsque Samo revient à la maison, le film prend une autre direction, plus onirique, plus à l’écoute des signes invisibles. Il entre doucement dans ces territoires étranges et fascinants où on perd nos repères pour s’immerger dans l’essence même du personnage. Dans des scènes imaginaires, où la nuit est ourlée de lumière bleutée, Félicité traverse le silence de la forêt, où apparaissent des formes insaisissables. Contrastant avec la grande beauté de ces scènes, on sent son épuisement. Elle est au bord de couler, de renoncer à se battre. Peu à peu, elle se reprend, sait qu’elle ne peut se laisser aller, se redresse, retrouve sa voix. Bien sûr, il y a sur elle les yeux de Tabu, le mécanicien. "Je veux juste que tu me regardes" lui dit-elle, acceptant son désir.

La durée du film (2h03) peut rebuter, on peut trouver le jeu du jeune acteur trop caricatural et le récit de donne pas une belle image de ce pays. Pourtant, c’est un film qui cerne l’intériorité d’une femme face aux épreuves du quotidien, une mère comme toutes les mères, une femme qui se remet debout. Qui appartient à la ville. La musique des bars, les tenues colorées des femmes élégantes, le regard apeuré de certains enfants, la langue lingala et le brouhaha de la circulation nous plongent dans l’ambiance sonore et visuelle de la ville. Kinshasa, filmée sans hypocrisie, devient belle elle aussi sous le regard du réalisateur. Comme le dit justement Alain Gomis : "Quand on regarde un film, il n’a pas lieu sur l’écran, il a lieu en soi". Félicité est une belle rencontre et un beau moment de cinéma pour ceux qui acceptent le voyage.

Magali Van Reeth

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