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Je danserai si je veux

mercredi 12 avril 2017, par SIGNIS France

(de Maysaloun Hamoud. Palestine/Israël/France, 2016, 1h36)

12 avril 2017 (Magali Van Reeth) – Un film courageux pour dénoncer les outrages dont sont trop souvent victimes les femmes lorsqu’elles veulent prendre leur indépendance en dehors des traditions culturelles.

Etre femme et palestinienne, c’est généralement la double peine. Considérés comme des citoyens de seconde zone par l’état d’Israël, les Palestiniens vivent enfermés dans leur propre pays, avec au quotidien l’humiliation du mur, des contrôle au faciès et la privation de nombreuses libertés. Aux femmes palestiniennes, s’ajoutent une autre prison imposée par des traditions culturelles très fortes, celle de l’assignation au foyer pour être épouse, cuisinière et mère.

Pour échapper à ce carcan, trois jeunes femmes partagent un appartement à Tel Aviv, ville cosmopolite, plus libérale. Laïla est avocate, elle est la plus indépendante, la plus sexy dans ses mini-jupes moulantes, la plus frondeuse. Nour est étudiante, réservée, pratiquante, porte la tenue traditionnelle des musulmanes et prépare la soupe lorsque vient son fiancé. Salma travaille dans un restaurant le jour et fait DJ la nuit. Avec beaucoup de justesse, la réalisatrice Maysaloun Hamoud campe le portrait de ces trois femmes bien différentes, plongées dans le brouhaha étourdissant d’une ville décomplexée où tout semble permis de jour comme de nuit.

Justement, Laïla, Nour et Salma vont apprendre à leur dépend que tout n’est pas permis à une femme. Si les hommes désirent une femme parce qu’elle est indépendante et sexy, au moment d’entrer dans une relation stable, ils vont prendre peur et lui demander d’être moins voyante, donc moins sexy, moins indépendante. L’homosexualité est toujours un tabou, y compris dans les familles qui se considèrent comme "libérales" et qui ne peuvent même pas prononcer le mot. Enfin, pour beaucoup d’hommes, le viol n’est pas un crime mais au pire un droit, au mieux une maladresse dont il suffit de s’excuser pour l’oublier. On aura compris que tous ces comportements ne sont malheureusement pas réservés à cette partie du monde.

Le film est une savoureuse immersion dans Tel Aviv, ses restaurants où se mêlent l’hébreu et l’arabe, les musiciens, les artistes, les étudiants et les nuits animées. Les trois actrices sont superbes et leurs corps, si différents, sont aussi une ode à cette différence qui permet la tolérance. Lorsque la souffrance survient, ces femmes que tous rejettent (sauf le père de Nour) savent être spontanément solidaires.

Pour Maysaloun Hamoud, ce sont plus les traditions culturelles qui sont en jeu que la religion. D’ailleurs, s’il est facile de voir, à ses vêtements et à son attitude, que Nour est une musulmane pratiquante, il est beaucoup plus difficile de "situer" les deux autres jeunes femmes. La religion n’est pas dénoncée comme un problème, et c’est l’attitude des hommes et des familles qui ont peur de se démarquer de leur communauté d’origine qui est la cause la souffrance de ces jeunes femmes.

Réalisé par une femme palestinienne Je danserai si je veux est un éloge courageux de la liberté et de la fraternité. Même si la dernière image montre les trois amies comme tétanisées par ce qu’elles viennent de vivre, même si on sait que le chemin à parcourir sera difficile, on sait qu’elles garderont leur dignité, leur humanité et leur solidarité : cela seul est inestimable. C’est aussi un vrai moment de cinéma où la fiction est au service d’une cause juste.

Magali Van Reeth

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