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Sage femme

mercredi 22 mars 2017, par SIGNIS France

(de Martin Provost, Belgique/France, 2016, 1h57. Berlinale 2017, hors compétition)

22 mars 2017 (Magali Van Reeth) - Une sage-femme est celle qui donne la vie, une sage femme est celle qui sait bien la vivre. Entre les deux, un trait d’union qui, dans ce film, est le courant d’air fantasque apporté par une vieille dame indigne mais irrésistible.

Claire est sage-femme depuis bientôt trente ans. Elle accueille la vie au quotidien, réconfortant les mères, encourageant les pères et aidant les enfants à venir au monde. Quoi de plus beau, lui disent les gens en apprenant son métier. Pourtant, mère célibataire et solitaire, Claire mène une existence très tranquille, dans un appartement un peu terne où personne ne vient. Dans le petit jardin potager qu’elle cultive en bords de Seine, elle n’est pas très chaleureuse avec les nouveaux venus. Sans doute la peur de se faire envahir... L’envahissement va pourtant arriver avec Béatrice, l’ex-compagne de son père. Une femme fantasque et insouciante, toujours pimpante et débordante d’énergie à près de 70 ans...

Béatrice arrive comme une tornade dans la vie bien rangée de Claire, car elle a besoin d’elle. Les soucis financiers, la peur de la mort, peut-être le souvenir de quelques moments heureux. Claire se laisse faire. Par compassion sans doute, dont elle a fait son métier depuis si longtemps, mais aussi parce que cette femme détestée a été aimée par son père. Avec Béatrice, le trait d’union entre son passé douloureux et sa vie d’aujourd’hui, elle peut évoquer des souvenirs et se réconcilier enfin avec son enfance.

Claire, c’est Catherine Frot, mal fagotée dans ses vêtements convenables et toujours sur la défensive lorsqu’il s’agit de se laisser aller. Et presque malgré elle, toujours prête à aider ceux qui en ont besoin. Béatrice, c’est Catherine Deneuve, pimpante et en couleur, toujours partante pour une aventure. Manipulatrice et égoïste. Ces deux grandes actrices prennent visiblement du plaisir à accentuer leurs personnalités, pour renforcer ce duo de contraires, toujours efficace pour dérouler un récit. Avec elles, il y a Olivier Gourmet, souriant, chaleureux, incarnant un beau personnage d’homme mûr, qui sait attendre, lui aussi, le bon moment pour cueillir l’amour naissant.

Après Séraphine (2008) et Violette (2013), il est amusant de remarquer que le réalisateur Martin Provost choisit encore une fois des femmes comme personnages principaux. Film après film, du début du 20ème siècle à l’époque contemporaine, il saisit la grande complexité et la sensibilité des femmes, leur force de résilience, le don de soi, qu’il soit au service d’une cause ou pour l’être cher. De beaux portraits qui célèbrent l’ampleur de l’amour recherché et donné.

Magali Van Reeth

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